Les animaux n’ont pas besoin de notre émotion, ils ont juste besoin que l’on se prenne en charge !

“Si tu devais choisir entre sauver la vie d’un enfant et sauver la vie d’un chien, tu choisirais quoi?”. Cette question j’ai du l’entendre une bonne centaine de fois pour ne pas dire un bon millier de fois depuis que je suis végane. Généralement, je réponds par une autre question : “ Et toi, si tu devais choisir entre sauver la vie de ton enfant et sauver la vie du fils du voisin, tu choisirais quoi ?”

Chacun choisira de sauver ce qui lui est le plus proche et le plus familier. Cela n’a rien avoir avec le racisme ou le spécisme. C’est ainsi que le cerveau humain fonctionne. Ce qui lui est familier le touche plus que ce qui lui est étranger et, ce qui se passe à proximité le concerne plus que ce qui se passe loin de lui.

En 2010/2011, je me suis beaucoup intéressée à la psychologie cognitive expérimentale. Je voulais comprendre les comportements humains au-delà de tout jugement moral. Je suis restée marquée par une conférence donnée à la cité des sciences et de l’industrie à Paris dans le cadre de deux journées consacrées à « l’empathie, comprendre l’autre ». Berengère Thirioux, philosophe et neuroscientifique, y expliquait les bases senso-neuromotrice du rapport à l’altérite c’est à dire du rapport à tout ce qui n’est pas soi.

J’ai ainsi appris que la sympathie était la réduction de la perspective de l’autre à soi c’est à dire la simulation de l’autre en soi. Autrement dit, j’éprouve de la sympathie pour l’autre parce que je pense qu’il me ressemble. La sympathie relève du reflexe.

Inversement, l’empathie est le décentrement mental de soi dans l’autre, c’est à dire la simulation de soi dans l’autre. Autrement dit, j’éprouve de l’empathie pour l’autre parce que j’établis une relation dynamique entre mon expérience et son expérience. L’empathie est une démarche cognitive.

Si je vous parle de cela aujourd’hui, c’est parce que je vais prochainement rencontrer des représentants d’associations pour la défense des animaux. La plupart de ces associations développent un discours autour de la souffrance animale. C’est parce que les animaux sont des êtres sensibles qui souffrent comme les hommes, qu’il faut leurs reconnaître un statut d’êtres sensibles et les protéger de toute exploitation. Autrement dit, protégeons les animaux parce qu’ils nous ressemblent !

A mon sens, le discours sur la souffrance animale est trompeur. Il discrimine les animaux en s’appuyant sur l’idée que la souffrance humaine est le modèle de référence à appliquer à toutes les espèces pour déterminer si elles doivent ou non être protégées de l’exploitation humaine. La souffrance est ainsi définie selon des critères humains égocentrés qui ne rendent absolument pas compte de la biodiversité. Que sait-on de la vie et de la souffrance des mollusques ou des insectes par exemple ? Pourtant insectes et mollusques font partie de ce monde et participent de la vie.

La discrimination des animaux sur la souffrance est aussi un discours dangereux car il relève du registre de l’émotion. Il nous conforte dans l’idée que les humains sont des êtres supérieurs en nous maintenant dans un rapport à l’altérité primaire et limité. Inversement, il fige les animaux dans un statut d’êtres inférieurs et de victimes que l’homme du sommet de son omniscience peut choisir ou non d’exploiter.

Les animaux n’ont pas besoin de notre émotion.

Ils ont besoin que l’homme cesse d’user et d’abuser de la vie et de la biodiversité à des fins égocentrées. Ils ont besoin que l’homme travaille sur son ego et arrête de se croire seul au monde à posséder une conscience et une intelligence. Ils ont besoin que l’homme ouvre sa conscience et étende son empathie a ce qui lui est étranger et distant. Car ce n’est que le jour où l’homme pensera la biodiversité non plus en prédateur mais en alter ego, que les animaux pourront vivre en paix sur cette planète.

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