Audrey Jougla – La défense des animaux, un rêve de petite fille

 

Je suis végane depuis plusieurs années maintenant et j’ai souvent regardé des vidéos sur la maltraitance animale dans les abattoirs, à la chasse, à la pêche, dans des zoos ou lors de corridas mais je n’avais encore rien vu ni lu sur la vivisection.

Alors quand j’ai entendu parler du livre d’Audrey Jougla Profession : Animal de laboratoire je me suis dépêchée de l’acheter. Je trouvais cela très courageux de sortir un livre sur l’expérimentation animale en pleine période de téléthon. Ce qui y est décrit dépasse l’imaginable.

Le corps médical comme le corps militaire se livrent à des expériences injustifiables et toutes plus atroces les unes que les autres sur toutes sortes d’animaux rongeurs, lapins, cochons, chiens, singes… Mais la vivisection n’est pas le domaine réservé des scientifiques. C’est avant tout le domaine de prédilection du merchandising. Je savais que l’on testait « dermatologiquement » sur les animaux des produits supposés entrer en contact avec la peau des humains tels que les cosmétiques ou les liquides vaisselles mais il ne m’était jamais venu à l’idée que le gel anticalcaire que j’utilisais dans mes toilettes pouvait avoir été donné à boire à des lapins afin de confirmer sa corrosité.

J’ai appris plein de choses à la lecture de ce livre et j’ai voulu savoir ce qui avait bien pu amener une jeune doctorante en philosophie à enquêter dans les sous-sols secrets des grands hôpitaux.

Voici l’interview vidéo d’Audrey.

 

L’enregistrement est en français avec des sous-titres anglais. Le script est disponible en français et en anglais.

 

 

Bonjour je m’appelle Audrey Jougla, j’habite Paris, j’ai 31 ans. Je passe le CAPES et l’agrégation de philo et j’ai écrit Profession : animal de laboratoire. Et j’ai crée l’association Animal testing il y a quelques mois pour poursuivre les enquêtes sur l’expérimentation animale.

J’ai plusieurs activités qui ne sont pas concurrentes du tout mais qui sont liées parce que l’on ne fait pas le lien spontanément mais il y a beaucoup de choses qui se répondent et qui se font écho et qui se nourrissent entre elles. Donc les journalistes me demandent souvent est ce que c’est vous avec la perruque rouge en train de chanter, donc cela n’a rien avoir avec le sérieux universitaire, académique.

Le message est souvent le même c’est d’être tourné vers les autres. La chanson, il y a un cote beaucoup plus artistique qui est développé mais c’est aussi être porte-parole de quelque chose, de messages, d’écriture, parce qu’on écrit des chansons, moi j’écrivais mes textes. Finalement il y a beaucoup de liens dans l’écriture, dans le fait de porter la voix et de générosité je pense. La musique pour moi ca a toujours été un truc de groupe, d’équipe, de la même manière que l’association est une activité d’équipe et c’est très important de faire les choses ensemble parce que tout seul on ne fait pas grand chose.

Alors en fait étant jeune, j’avais un fort attrait pour la défense des animaux et j’étais abonnée à L’info-journal de la fondation Bardot, petite, et c’est vrai que on voyait les images dans ce journal là des abattoirs et il y avait plein de choses sur la vivisection. Et c’est quelque chose qui m’a beaucoup touchée, je trouvais cela absolument atroce et surtout on se sent très impuissant par rapport à ca, en tant qu’enfant ca m’a beaucoup marqué.

Et quand j’ai commencé à militer donc beaucoup plus tard, quand j’avais une vingtaine d’années bon ben j’ai commencé à tracter, faire des manifestations, tout ca et c’est vrai que la première manifestation que j’ai faite c’était une manifestation contre la vivisection.

Et c’est la que je me suis rendue compte que ce n’était pas très clair comme sujet, que finalement en terme d’information, en tant que citoyen, on n’avait pas forcément accès à beaucoup de choses, et ca m’a interpelle et j’ai voulu en savoir plus, savoir si ca existait toujours parce que quand on tracte les gens vous disent ca n ‘existe plus. Et c’est vrai que sur ce sujet là, il y a eu un grand vide après les années 90. On n’en a plus beaucoup entendu parler. On a plus parlé des abattoirs de la viande etc. Et la vivisection est restée un sujet relégué dans les années 90 et on n’en parlait plus beaucoup.

Lecture page 137 : « les animaux de laboratoire, c’étaient les gueules cassées   du monde animal. Ceux sur qui on avait tout essayé. Les laids, les estropiés. Les rongeurs sont par exemple utilisés pour tester les réactions allergiques provoquées par certains produits comme les crèmes solaires. On les épile. On leur met de la crème solaire et on les place sous des lampes UV à bloc. Les lampes n’ont rien a voir avec celles des cabines que nous connaissons ; elles sont beaucoup plus fortes et les rongeurs y restent des heures. Des heures. Évidement leur peau protégée par leurs poils épais n’est absolument pas habituée à l’exposition directe aux rayons. Certains meurent grillés. »

Je me suis tournée vers l’éthique animale pour creuser un peu ce sujet là, l écologie politique, la philosophie pragmatique, tout ca et c’est la où je me suis dit je pense qu’il y a quelque chose a faire sur la question de l’expérimentation.

Quand on fait une thèse sur un sujet, il y a toujours des échos très personnels.

Lecture p 163 : «  Mon grand-père maternel a été déporté à Buchenwald. Il a réussi à s’enfuir, grâce à l’aide d’un cuisinier. Il y faisait partie d’un groupe victime de l’expérimentation nazie ».

En l’occurrence mon grand père je n’avais pas du tout fait le lien au début, mais pas du tout. C’est en travaillant sur l’expérimentation animale, en me rendant compte à quel point le tabou qui pèse sur ce sujet la est lie a une chape de plomb historique, à des mauvais souvenirs, à l’histoire médicale qui expérimente sur les hommes, le procès des médecins de Nuremberg qui fonde l’obligation d’expérimenter aussi sur les animaux, tout est très imbriqué et c’est là où ça m’est apparu effectivement comme étant un écho voilà, pas une motivation consciente ou une raison mais en tous cas comme quelque chose qui faisait écho à une partie de mon histoire familiale.

Lecture p 213 :  «  J’ai trouvé un lieu ou il fallait mettre des mots, c’était le cabinet du psychologue.

  • Vous aviez des animaux quand vous étiez enfant ? me demanda-t-il ?
  • – Euh oui, répondis-je, sans trop comprendre quel était l’intérêt de la question.
  • – Et…vous aviez quoi comme animaux ?
  • C’est alors, dans un élan de surprise et de stupeur comme si je n’avais jamais pu faire le lien jusqu’à ce jour, que je sentis ma gorge se serrer et m’entendis lui répondre ;
  • Des cobayes. »

Quand j’étais petite, j’écrivais à Brigitte Bardot et je lui disais que quand je serai grande je ferai des choses pour les animaux et que ce n’était pas possible pour l instant en tant que petite fille. J ai toujours l émotion à fleur de peau quand je parle de cela. Quand le livre est sorti du coup, je lui ai envoyé et les photocopies des lettres que mes parents avaient gardé et donc elle m’a répondue et elle m’a répondue aux lettres et aux livres et j’étais très émue d’avoir un retour de celle qui m’avait tellement inspirée quand j’étais petite par rapport à la cause animale, voilà.

Je pense que quand on aime autant les animaux, parfois c’est par déception de l’humain, donc on se tourne vers les animaux ou au contraire ce besoin de protéger les vulnérables. Et l’amour immodéré des animaux pour l’humain, la fidélité du chien, enfin tout ca, et l’innocence des animaux et c’est vrai que tout ca fait un peu écho a un besoin d’affect. Et après en creusant un petit peu, j’ai trouvé les travaux du sociologue Christophe Traïni qui en parlait bien mieux que moi, qui avait un peu creusé cette question la sociologiquement et qui disait que l’animal est si important pour nous, l’envie viscérale de le défendre ca vient parce qu’il remplit une fonction que l’humain n’a pas forcement su remplir dans notre parcours de vie.

Je pense que le mot de la fin, c’est de dire que tout est possible. Parce que quand je m’intéressais à la vivisection, les associations ou les militants me disaient qu’infiltrer les laboratoires, filmer ce qui se passe dedans, c’est très très très difficile, presque impossible. Moi je n’étais personne. Non pas que je sois quelqu’un aujourd’hui mais ce que je veux dire c’est que je n’étais pas une association, et en fait avec les moyens que j’avais, je me suis dit qu’il y avait peut être un truc à faire et j’ai fait cela, sans savoir, j’ai appris en faisant. Et l’association, c’est pareil, on apprend en faisant. Tout est toujours possible et je pense que c’est hyper important, que ce soit pour les militants, pour les gens qui veulent changer de vie, de régime alimentaire, essayer des choses …il faut toujours se dire que tout est possible. Ouais…vraiment !

 

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